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L’organisation actuelle de l’école est construite autour d’un plan d’étude qui fait la part belle aux disciplines (domaines disciplinaires) alors que la formation dite générale et les capacités transversales convergent vers lesdites disciplines pour former une flèche symbolisant le projet global de formation de l’élève.

Tiré de : https://www.plandetudes.ch/

Nous l’avons brièvement évoqué dans l’article intitulé  » Va-t-on enfin mettre l’acquisition des compétences sur l’avant de la scène ? « , les objectifs liés aux capacités transversales semblent assez nettement former un corpus de compétences qui va permettre à l’élève de s’intégrer efficacement dans une société transformée. Une fois encore, les disciplines ne doivent pas disparaître, mais elle doivent au contraire se mettre au service de l’acquisition des capacités transversales. La formation générale quant à elle reste aussi tout à fait fondamentale et devrait être le terrain d’exercice des acquisitions faites dans le domaine des capacités transversale par les domaines disciplinaires. Le symbole de la flèche ne devrait-il pas être revu pour que le projet de formation de l’élève soit davantage en adéquation avec l’évolution des besoins ?

Les didactiques des disciplines intègrent l’idée qu’une séquence d’apprentissage n’est pas nécessairement articulée autour d’un exposé de l’enseignant.e, mais peut aussi s’organiser par exemple autour de situations dans lesquelles les élèves construisent le savoir et leur compétences. Ces activités prenant certainement plus de temps que l’enseignement dit frontal auquel succède l’exécution d’exercices puis de corrections visant à renforcer une notion, elles sont souvent moins pratiquées au profit de « l’avance dans le programme »… ce qui ne veut pas dire que l’apprentissage est plus profond !!! Ainsi, il est né ces dernières années plusieurs initiatives – parfois regardées en coin par le monde de l’éducation – qui proposent des séquences « hors-disciplines » et qui contribuent de manière très pertinente à exercer des compétences fondamentale, des capacités dites transversales. Ainsi, et ce n’est qu’un exemple, l’organisation nommée Graines d’Entrepreneurs aide les élèves à développer d’importantes compétences dans le domaine de l’entrepreneuriat ainsi qu’un état d’esprit permettant de transformer des idées créatives en actions entrepreneuriales. Selon cette organisation, il « s’agit de compétences clés pour tous les jeunes, soutenant le développement personnel, la citoyenneté active, l’inclusion sociale et l’employabilité ».

Il va sans dire que la notion d’entrepreneuriat ne fait traditionnellement pas partie du lexique des milieux de l’éducation à tel point que ce genre d’initiative a souvent été considéré comme une tentative d’intrusion de l’économie dans l’institution régalienne qu’est l’école. Aujourd’hui, plus personne (je crois) ne défend l’idée que l’école est un ensemble clos qui se suffit à lui-même et qui lui seul est habilité à définir le contour du « produit fini ». En 2001 paraissait un livre de Nico Hirtt intitulé « L’école prostituée I L’offensive des entreprises sur l’enseignement ». J’ignore si ce courant a toujours des adeptes et j’avoue ne pas avoir relu cet opuscule, mais affirmer que « depuis la fin des années quatre-vingt, on assiste dans l’ensemble des pays industrialisés à une soumission croissante de l’enseignement aux lois du marché » semble appartenir au passé. Je n’affirme pas ici que les établissements doivent désormais lever des fonds privés pour se développer et par exemple obliger chaque élève à porter un uniforme portant la marque d’un sponsor, mais l’enseignement ne peux plus se permettre de garder à distance ce qui fait finalement le marché du travail, ce qui intégrera (pour la grande majorité) les élèves qui suivent leur cursus scolaire, dans la société de demain. A la décharge de ce chercheur, la 4ème révolution industrielle n’était pas aussi avancée qu’aujourd’hui au moment de la parution et peut-être que les résistant.e.s pouvaient encore espérer trouver des adeptes dans l’idée qu’apprentissage de la démocratie et économie ne sont pas compatibles.

Je pousse volontairement le trait, mais je défend l’idée qu’il faut désormais lever ces tabous. D’une part les didactiques, mais aussi et peut-être surtout des séquences interdisciplinaires doivent se tourner vers un enseignement centré sur les compétences dites transversales. Oui, il faut par exemple faire le deuil de l’ellipse du « wenn » en allemand, mais au profit de compétences ambitieuses qui auront été acquises et développées dans des situations novatrices. Cette nouvelle exigence rendue nécessaire par les changements radicaux induits à l’occasion de cette 4ème révolution industrielle que nous vivons sera à coup sûr accompagnée de changements « stratosphériques » en matière d’évaluation du travail des élèves. Qu’à cela ne tienne !!! Une réforme de l’évaluation du travail des élèves et par là-même un nouveau questionnement des valeurs que doit véhiculer l’école publique et du rôle de l’enseignant.e seront salutaires.

Laurent Feuz