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Dans un article paru le vendredi 3 juillet 2020 dans Le Temps, un enseignant de gymnase fait part de son opinion quant à l’introduction du numérique dans les milieux de la formation en avançant un titre évocateur : « Le mirage de l’école numérique ». Cet enseignant – qui représente selon moi une forte proportion de ce que pensent les enseignant·e·s à propos de la question du numérique – débute d’emblée son texte par une phrase révélatrice de la problématique dans laquelle nous nous trouvons : « Tout comme la barbe n’élève pas l’abruti au rang de philosophe, une tablette connectée ne permettra pas à nos chères têtes blondes de devenir les érudit·e·s de demain ».

100% juste !!! Et la crise que nous traversons n’arrange rien puisqu’il est fréquent de lire ou d’entendre qu’il y a une forte proximité entre ce qui a été appelé l’école à distance et le dossier de l’éducation numérique. Vu de l’extérieur, c’est comme si l’une allait forcément découler de l’autre (et vice-versa). Preuve en est certaines enquêtes « post-COVID » qui sont actuellement menées dans le but affirmé de pouvoir s’appuyer sur des informations recueillies pour les investir dans la mise en place et le développement de l’éducation numérique… Or nous pouvons tout de même espérer que l’école à distance n’est qu’une infime partie de la question numérique et en tout cas pas une fin en soi. Peut-être qu’une telle crise pourrait se reproduire, certes, mais il serait faux à mon sens de développer l’éducation numérique avec les seules lunettes de l’école à distance.

Encore une fois, l’éducation numérique ne se limite pas à l’introduction de moyens purement techniques. L’éducation numérique est surtout une occasion de repenser l’enseignement à la lumière de ce que les nouvelles technologies offrent actuellement. Non pas pour passer de fiches en papier à des fiches en format pdf (comme le passage du stencil à la photocopie), mais bien pour participer à l’augmentation des compétences des élèves/étudiant·e·s à la lumière d’une réalité sociétale qui a profondément changé et qui va encore radicalement se transformer. Plutôt que de parler de mirage de l’école numérique, il faut donc plutôt parler de virage de l’école numérique.

Selon cet enseignant, deux « mécanismes agissent en synergie. D’une part, on remarque une véritable offensive politique et médiatique des différents acteurs privés pour pénétrer un marché juteux (tant en termes financiers que de futur·e·s consommatrices et consommateurs). D’autre part, remplacer en partie l’enseignant·e ringard·e par de l’informatique dernier cri permet d’envisager, sous prétexte de progrès et de modernité, de belles économies de salaires ou de locaux. » Pour ma part, je comprends parfaitement cette assertion, mais il est alors grand temps que le corps enseignant (re)prenne vigoureusement en mains les questions sur lesquelles il est un expert incontournable non pas en restant ancré dans une pratique révolue, mais en accueillant avec confiance ce qui dans les nouvelles technologies peut véritablement dépasser le gadget et apporter une valeur ajoutée aux actuels enseignements, en continuant à innover dans des nouveaux dispositifs pédagogiques et didactiques.

Permettre à chaque élève de développer des connaissances et des compétences leur permettant une insertion rapide et durable dans notre société en profonde mutation doit être un objectif largement partagé dépassant la seule question de l’introduction ou non de tablettes à l’école.

Laurent Feuz

 

 

Pour continuer la réflexion Laurent FeuzSe construire dans un univers interconnecté, Ed. Baudelaire, 2020