En période de confinement, mon fils – en dernière année avant l’obtention de sa maturité – a été amené à disserter » à distance » sur une citation choisie entre plusieurs. Son choix s’est porté sur La décadence d’une société commence quand l’homme se demande » Que va-t-il arriver ? » au lieu de se demande » Que puis-je faire ? « de Denis de Rougemont. Cette citation est tirée d’un ouvrage intitulé L’avenir est notre affaire paru en 1977 qui offre une véritable vision politique et philosophique du monde actuel. Ainsi, la dialectique posée entre » attendre pour voir et » agir maintenant » a de quoi nous interpeller à beaucoup d’égards. Elle confronte de manière évidente le spectateur et l’acteur que nous sommes tous alternativement, mais avec une certaine prédominance d’un côté ou de l’autre. L’auteur n’hésite d’ailleurs pas à affirmer que la position du spectateur ne peut que mener à la décadence de la société. Nous sommes certainement très loin de la chute de l’Empire romain, mais agir dans le présent semble plus que jamais être la clé du progrès et de l’innovation, le barrage certain à une décadence sociétale.

Sans lui souffler un seul mot de ma réflexion – respect de la distance sociale oblige – je me suis amusé à penser au rôle de l’école dans une 4ème révolution industrielle qui est clairement en marche. L’école peut-elle se contenter d’attendre pour voir et défendre l’acquisition à tout prix de compétences éculées ou doit-elle agir maintenant pour assumer pleinement les attentes que la société porte en elle ? Respectivement, une école faisant le pari de l’immobilisme ne risque-t-elle pas de courir à sa perte et de subir de plein fouet les affres de la décadence. D’aucun prétendront que la décadence de l’école n’est que le miroir de la décadence de la société, mais peut-on s’en satisfaire ? L’école se doit d’agir et se doit plus que jamais de revêtir maintenant le costume d’un acteur principal sur la scène d’une révolution dont on ne perçoit à l’heure actuelle que les premiers effets sur le marché du travail et dans le fonctionnement de la société plus généralement. Vouloir préserver un temple dont la fondation serait en dehors de la réalité n’a pas de sens. Si les réfractaires au changement prennent le pouvoir (ou y restent), décadence rimera avec inégalité des chances, impossibilité de s’insérer ou encore avènement d’individus peu adaptés aux exigences actuelles. Les opportunités sont énormes pour les acteurs du système éducatif qu’ils proviennent du secteur privé ou du secteur public. L’attention de chacun doit plus que jamais se porter sur l’innovation et donc sur l’action en repensant complètement le rôle des acteurs qui ne doivent plus se demander » Que va-t-il arriver ? « , mais » Que puis-je faire ? « . C’est à ce prix que nous éviterons une décadence du système éducatif.
Commentaires récents