Grossièrement dit, la transmission des savoirs est une action qui s’exerce généralement par l’éducation étant entendu que l’école n’est pas le seul lieu qui puisse se targuer d’éduquer. La transmission des savoirs est donc une action par laquelle la connaissance dont disposent certains individus est partagée avec d’autres permettant ainsi l’apprentissage et le développement de ces derniers. Si nous nous bornons à considérer la transmission des savoirs dans le cadre scolaire, il a très longtemps été question d’une transmission de la matière à travers des objectifs disciplinaires. Les modèles pédagogiques ont passablement évolués – en particulier dans les petits degrés – mais la présence de l’enseignement frontal (le maître se place face aux élèves et c’est lui qui transmet les savoirs et dirige l’activité) est encore largement répandu. À titre personnel, je ne jette pas l’opprobre sur ce modèle car il est tout à fait adapté à certaines situations, mais sa simple définition permet de comprendre la difficulté dans laquelle se trouve l’école lorsqu’elle ne permet plus – en l’occurrence à cause d’une crise sanitaire – une rencontre entre le maître et ses élèves, apprentis ou étudiants. En outre, le développement des MOOC (« Massive Open Online Course » que l’on peut traduire par « cours en ligne ouvert et massif ») est prometteur mais semble encore s’adresser à un public adulte, universitaire par exemple. La question fondamentale qui se pose à ce stade est donc celle de la nature des savoirs. Doit-on continuer à considérer la matière comme le centre des apprentissages avec ici-et-là quelques touches de sensibilisation au savoir-être ou alors doit-on désormais placer un espoir plus grand dans l’enseignement des compétences et utiliser les matières comme un prétexte à ces nouvelles acquisitions.

Les effets de la révolution numérique sur les emplois ne sont pas encore bien connus et s’aventurer sur ce terrain relève encore de la prédiction. J’ignore si celles et ceux qui applaudissent (à juste titre) les professionnel.le.s quotidiennement au front – dont font partie les caissiers et les caissières – continueront à passer eux-mêmes leurs articles à la caisse automatique, mais il n’est pas absurde de penser que ce type de fonction pourrait être mis à mal dans un terme pas si lointain. Sans vouloir approfondir la situation de ce métier, le travailleur devra très vite se réinventer et savoir rebondir pour s’insérer dans un autre contexte ; cette compétence sera la source de son succès. Il faut faire le deuil d’une carrière linéaire qui commençait dans une entreprise et qui se terminait dans cette même entreprise après plus de 40 ans de bons et loyaux services. Il est donc inutile de baser un apprentissage sur la seule acquisition d’une matière et d’une connaissance, dont on sait – soit dit en passant – qu’elles peuvent assez aisément se retrouver n’importe quand sur la toile. Permettre à un individu de savoir rebondir tout au long de sa vie passera par une prise en compte beaucoup plus forte et un enseignement bien plus développé de l’apprentissage de compétences, de savoir-être, de softskills. Tout savoir sur le Théorème de l’Hospital n’est sincèrement pas très utile si le processus qui a abouti à ce savoir n’a jamais mis en jeu des compétences plus larges, transversales. Chaque enseignement se doit de remettre au centre de sa pratique non plus la matière elle-même (ce raisonnement a ses limites pour les spécialisations au niveau tertiaire), mais des savoir-être à haute valeur ajoutée sur le marché du travail ou simplement dans le contexte d’une insertion dans la société. Savoir gérer ses émotions, conduire un groupe, gérer les conflits, appréhender l’incertitude, apprendre à apprendre en autonomie, etc. autant de compétences dont la liste n’est de loin pas exhaustive que chacun.e pourra réinvestir dans une société où la flexibilité et l’inconnu seront irrémédiablement deux composantes cardinales du développement.
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