Alors que dans les années 70, nous imaginions pouvoir dès le début du 3ème millénaire soigner des maladies graves, aller librement sur la lune ou circuler dans des voitures en lévitation magnétique, le bond technologique paraît en réalité bien plus modeste. Certes il est moins spectaculaire que nous pouvions l’imaginer, mais il n’en est pas moins important car (presque) chaque citoyen a désormais dans sa poche un appareil qui le connecte en tout temps au monde entier, je veux parler de son smartphone. Il n’y avait aucunement besoin qu’une pandémie fasse son apparition pour démontrer que cet appareil est un véritable outil de socialisation. Si le skype-apéro et autres plateformes semblent avoir pris un nouvel envol, ces phénomènes ne sont qu’une confirmation du fait que les outils numériques à disposition ainsi que la puissance de ces derniers et que le développement d’interfaces connectées (réseaux sociaux) rend le rapport à l’autre infiniment plus complexe. La transition numérique entraîne pour tous non seulement la possibilité de vivre d’autres mécanismes de socialisation, mais permet aussi un accès élargi à l’information, puisque très tôt, le citoyen possède grâce à son smartphone, une connexion permanente au monde entier. Cette information est si massive, cet accès est si immédiat et l’interface numérique est si souple que chacun.e peut avoir l’impression d’être continuellement en contact avec une méga-intelligence qui répond à ses questions et interrogations, y compris sur soi, à l’instant même où elles apparaissent à l’esprit.

La révolution est donc bien plus intime que nous pouvions le prévoir. Cette révolution n’est pas spectaculaire, mais nous offre la certitude que demain, tout sera encore différent. Ce changement et cette incertitude qui l’accompagne ne doit en revanche pas être pris comme une source d’angoisse, mais comme une véritable opportunité pour notre société de se diriger vers de nouveaux horizons.
Se poser la question de savoir si le système de formation actuel est adapté est déjà y répondre un peu. La formation doit profondément se repenser et ne pas vouloir à tout prix perpétuer un fonctionnement dont on peine toujours à mesurer son efficacité en termes d’intégration. Aujourd’hui, le système de formation est encore accepté parce que le monde du travail offre encore des possibilités d’insertion, mais qu’en sera-t-il lorsque l’automatisation aura remplacé les humains pour beaucoup de tâches ? Qu’en sera-t-il – comme nous l’avons vu dans un article précédent – lorsque les parents (en tout les cas certains d’entre eux) seront eux-aussi davantage disponibles pour suivre la scolarisation de leur enfant ? Les écoles ne courent-elles pas le risque d’être désertées ?
C’est une perspective extrémiste et provocatrice, mais les responsables de l’éducation et de la formation doivent se poser cette question aujourd’hui… parce que demain sera trop tard.
Laurent Feuz
Pour continuer la réflexion : Laurent Feuz, Se construire dans un univers interconnecté, Ed. Baudelaire, 2020
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